Mesdames, Messieurs
Depuis maintenant plus de dix ans, le peuple ivoirien est victime d’interminables violences, subissant de profondes souffrances associées à une crise sociopolitique qui ne cesse de s’envenimer. En tant qu’Ivoirien, je me sens directement interpellé par cette situation inquiétante. Malgré tous les efforts pour mettre fin à cette crise au cours des dernières années, l’apport de solutions envisageant un consensus semble pourtant dormir dans le néant. Nous n’arrivons tout simplement pas à remédier politiquement à ce conflit.
Pourtant, tous les éléments fondamentaux et essentiels à la réalisation d’un véritable changement vers la démocratie y sont réunis : un gouvernement de transition regroupant tous les partis politiques, une Assemblée nationale représentative sur le plan ethnique ainsi que des départements administrés par des élus.
Je considère qu’une opportunité unique pour ce jeune pays se présente pour qu’il puisse enfin accéder à une démocratie et établir une véritable justice apportant un ensemble de lois communes qui reflétera les valeurs respectives de chaque groupe ethnique de la Côte d’Ivoire.
Afin de contribuer activement à l’avancement de la démocratie en Côte d’Ivoire et également en Afrique, permettez-moi de vous présenter trois documents qui ont paru dans le journal « Fraternité Matin » de même qu’expédiés à tous les chefs des différents partis politiques ivoiriens. Le premier s’intitule « Multiculturalisme et stabilité politique » le deuxième un manifeste « Pour une Côte d’Ivoire unie » et le troisième « Boycottage des valeurs ethniques par le colonialisme »
Ces trois documents relatent les problèmes politiques actuels vécus sur une grande majorité du continent africain dont la cause première est attribuée essentiellement aux multiples différences ethniques. Ils présentent également les changements cruciaux que la Côte d'Ivoire ou d'autres pays africains doivent inévitablement apporter à leur constitution afin de se donner une véritable identité, et ce bien sûr, avant la tenue de prochaines élections.
Les pistes de solutions énoncées dans ces documents ouvriront un véritable dialogue qui permettra ainsi à la Côte d’Ivoire de s’engager dans la voie de la démocratie. L'égalité ainsi que la compréhension interethnique contribueront grandement à enrayer la discrimination et la violence excessivement présentes en période électorale. De plus, la reconnaissance de la diversité ethnique et du rôle de l’opposition assureraient une véritable garantie de la paix sociale.
Entreprendre ce réaménagement sociopolitique permettrait, lors d’élections, d’évincer toute forme de violence ou de désordre social souvent engendré par la frustration advenant la victoire d’un parti adverse.
Ces modifications constitutionnelles serviront de bouclier à l’ensemble des citoyens ainsi qu’aux présidents Laurent Gbagbo, Henry Konan Bédié, Allassane Ouattara, Albert mabri toikeusse sans oublier tout autre chef de parti, les protégeant ainsi contre toute forme de menaces, de violences ou de rumeurs.
Selon plusieurs spécialistes, le déclenchement rapide d’élections ivoiriennes sans concrétiser ces changements, serait catastrophique. Nous deviendrons malheureusement tous témoins et complices de tristes lendemains d’élections.
Pour garantir le succès d’élections futures, tout parti politique doit être muni d’une garantie constitutionnelle comparable à d’autres pays qui ont adopté le multiculturalisme tels que l’Afrique du Sud, l’Australie, le Canada, l’Angleterre, et l’Inde. Un engagement concret de tous les partis politiques dans cette démarche constituerait un facteur capital afin d’accéder à une véritable stabilité.
J’aimerais partager avec vous dans le respect d’une saine démocratie, les solutions que nous pouvons apporter à la résolution de cette crise afin que la paix et la stabilité sociale s’incrustent à tout jamais dans notre pays.
Lancy Bakayoko
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(Voici les liens des articles publiés dans le journal Fraternité Matin)
http://www.fratmat.info/1,,,1_fgfd10,,1.php?,__=eb,,0-0&el=Yer5W0&bv=X17XG1AT65
http://www.fratmat.info/1,,,1_fgfd10,,1.php?,__=eb,,0-0&el=KUMXLX&bv=X17XG1AT65
mercredi 26 février 2014
ÉVEIL ET ESPOIR POLITIQUE
mercredi 4 mai 2011
mardi 4 janvier 2011
HYMNE À LA LIBERTÉ ET À LA JUSTICE
Je rêve d’une Afrique sans l’apparence des conflits ethno politiques et d’un nuage noir, vidée entièrement de sa tristesse coloniale où toutes les différentes valeurs et les rêves de ses multiples groupes ethniques vivraient en harmonie dans une constitution nouvelle tissée par le consensus. J’imagine le profil de ce continent sans frontière naturelle pour sa diversité culturelle, dont l’immensité des terres accueillerait sans préjugés les richesses de ses différences.
Cet espace renouvelé engloberait dans un mélange de couleurs les différences dites ethniques. Des valeurs culturelles perceraient les barrières de la suspicion et de la méfiance reflétant ainsi une cohésion sociale. L’égalité de toutes les ethnies remonterait avec courage et détermination à la surface pour donner naissance enfin à une justice et à une paix sociale.
Menacer, accuser, juger, condamner, exécuter arbitrairement ces pratiques habituelles qui musellent les autres au silence. Bannissons à jamais l’existence de telles pratiques ! Chaque être humain mérite que nous soyons attentifs à ses propos de quelque nature qu’ils soient. La sagesse humaine malheureusement divague sans remord dans l’oubli et le mépris d’autrui. Chaque jour marquera en Afrique jour de justice pour tous, et ce, dans le total respect des différences culturelles.
L’injustice ne sera plus l’hymne national exalté par les groupes politiques ou les dictateurs. Ils pourront enterrer les armes et braquer fièrement le drapeau de la liberté. La pauvreté n’étranglera plus le triste quotidien des démunis. Les mains vides, les pieds nus ne sentiront plus cette funeste sécheresse du cœur, ravager par les miettes de leur existence. Les meurt-de-faim s’empiffreront des doux plaisirs des changements.
L’Afrique doit entreprendre de véritables multiples réformes sociales piétinant ainsi les propagandes des petits groupes qui prônent le statu quo. Personne ne prendra les devants au détriment d’autrui : tous désormais arriveront bons premiers. Les vérités à demi voilée ne seront plus cachées. Nous exigeons que la vérité soit dite à haute voix et qu’on abolisse à jamais le misérable mensonge. L’état mensonger entraîne la destruction de l’individu.
Les valeurs, les obligations et la morale de notre Afrique actuelle voguent désespérément à la dérive, à la perte de leur véritable signification. Sur cette terre en constante ébullition, elles remontreront du bas-fond de l’abîme. La liberté, le respect, le droit, deviendront le socle d’une ultime religion pratiquée par toutes les différentes ethnies afin que la cohésion sociale devienne une réalité.
Les larmes oubliées de nos aïeux ayant subi les atrocités de la colonisation trouveront enfin le repos après tant de siècles. Les différents visages des groupes ethniques se confondront en une seule image. Ils ne seront plus confrontés l’un à l’autre, opposés par la divergence de leurs cultures. La communication ne se frappera plus aux barrières de l’insoutenable incompréhension. L’écoute dominera entièrement la scène politique.
Que la liberté de choisir cesse d’être un luxe inaccessible pour la majorité de la population. Chacun sera libre de réaliser ses propres rêves. Ce continent représentera le reflet fidèle de la justice. Aucun être ne sera tenu de sombrer dans l’incontournable résignation d’abandonner son sort aux mains du plus fort. La force et la peur ne contrôleront plus l’avenir des gens défavorisés.
Toutes les ethnies affirmeront désormais courageusement leurs droits à une qualité de vie décente. Est-il juste de prétendre que la richesse fasse le bonheur? Je constate qu’elle soulage et apaise d’une façon miraculeuse les angoisses du quotidien, bouleversées par le rythme incontrôlable des échéances économiques et des crises sociopolitiques. Le bien être social deviendra accessible à tous afin que chacun connaisse le bonheur de vivre sans souci matériel. Les riches n’écraseront plus l’impuissance démesurée des pauvres.
La constitution et la justice se verront confier une mission à laquelle elles donneront toute leur loyauté. Elles veilleront au juste partage des biens et des richesses. Le rayonnement de ce continent reposera en grande partie sur les véritables valeurs de consensus de ces différentes ethnies, essentielles à la maintenance de l’équilibre fragile de la cohésion sociale. Femmes et enfants ne subiront plus les assauts répétés des politiciens dans une société en décadence qui utilise d’une façon dégradante les armes de la violence pour exercer leur piètre pouvoir.
Le regard troublant des mal-aimés s’évanouira enfin pour se remplir de joie. Personne ne sera laissé au dépourvu, à la dérive, sans aucune chance de survie. Je désire ardemment qu’une seule chose, que tous aient le bonheur de posséder une âme réjouie par la fierté d’exister vraiment dans une société de valeurs et sous une identité commune.
La souffrance s’effondrera sans espoir de survie sous les catacombes des horreurs passées. Les tourments remplis d’inquiétude face à l’avenir n’habiteront plus l’obscurité de nos nuits. Les cauchemars enfantins s’évanouiront comme de maigres et lointaines lueurs de souvenance. L’infâme maladie ne volera plus sans remords le bonheur des gens pour laisser derrière elle rôder le désarroi, baignant dans une mare infinie de larmes.
Elle ne viendra guère anéantir ce que chacun a pris tant de temps à construire. Le bonheur à perpétuité assurera la vie de ces populations vaillantes qui ont donné corps et âme afin de protéger dignement leurs valeurs culturelles. La douceur du vent soufflera le réconfort.
Les sombres couloirs du silence seront définitivement effacés de la nouvelle carte. Enfin, tous pourront respirer tranquilles à l’abri de multiples tracas de la vie quotidienne. La méchanceté et la cruauté n’auront pour apparence que des ruines fumantes, réduites à l’état de cendre. La générosité s’incrustera dans tous les foyers. Dorénavant, personne ne subira l’isolement qui conduit à la solitude.
Maintenant, les gens défieront les ténèbres du désespoir en donnant naissance à la beauté réelle des jours ensoleillés. L’espoir, lui, ne sera plus condamné à s’exiler dans le silence accablant de l’oubli perpétuel. L’entité de la vie naîtra majestueusement au sommet de la pureté. Survivre, combattre, ne seront plus pratiques courantes du quotidien.
L’insoutenable mal de vivre battra tranquillement en retraite, résigné à rendre les armes, dépouillées de leur pouvoir et à enterrer pour toujours les foudres fanées. Les fruits amers de la déception n’empoisonneront plus l’existence tiraillée des hommes. Le malheur à son tour cessera de tourmenter les âmes d’affreux sanglots. Le cœur ne sera plus poignardé par l’injustice répétée du destin.
Le déclin de l’empire humain immortalisera sa course folle sur les berges du temps essoufflé. Hommes et femmes multiplieront leurs efforts pour dépasser les barrières de leurs différences. Les rites épuisants de la compétition ne diviseront plus féminin et masculin. L’état du singulier disparaîtra de la surface terrestre.
Quand la femme accédera à la souveraineté qu’elle contrôlera sa propre destinée, l’homme, foudre des guerres interethniques, connaîtra enfin le repos du guerrier. Nos aïeuls, desséchés de tendresse maladive par la colonisation ne berceront plus seuls leurs souvenirs dans l’unique attente de leur indépendance. La présence constante et rassurante des générations futures apporteront un avenir meilleur à tous.
Je désire que naisse immédiatement ce PAYS afin que tous puissent respirer la liberté, le bonheur de vivre en toute tranquillité. Je souhaite que tout être humain sur cette terre soit entouré de joie à chaque journée que ce pays aura la bienveillance de nous offrir. Que les effets néfastes de la colonisation restent enfouis sous la poussière du temps. Que la justice empreinte de justesse éclate enfin au grand jour…
Lancy Bakayoko
vendredi 19 mars 2010
CONSENSUS INTERETHNIQUE
Le manque de confiance, la peur, l’insécurité, les divergences politiques et ethniques, la soif du pouvoir ainsi que l'absence de consensus ont fait germer l'instabilité chronique en Côte d'Ivoire. Pourquoi ne pas opter pour le consensus malgré nos différences et ce pour la première fois de notre histoire afin d’élaborer une nouvelle constitution qui nous redonnera confiance?
Devrions-nous chercher des moyens nobles de rétablir ce lien de relation hospitalière qui existait autrefois entre nous? Cette affection singulière qui était réciproque avait engendré un climat de confiance afin que nous puissions jouir de cette paix sociale si chère aux différentes ethnies mais qui a été malheureusement effritée par d’autres valeurs étrangères.
Cette reconquête de paix pourrait se traduire par l’établissement d’une totale confiance ressentie par tous les différents groupes ethniques qui resteront fidèles et alliés à leur gouvernement et à leur constitution. Une identité nationale et une constitution restent sans véritables valeurs lorsque sa diversité ethnique ne se prononce pas par consensus sur un modèle à adopter.
Un pays ravagé constamment par des conflits interethniques et politiques ne peut que se résoudre à chercher des solutions partagées.
Le plus grand défi de la Côte d’Ivoire est de créer une nouvelle identité basée sur les valeurs de ses différents groupes ethniques.
Il est crucial d’inviter les Ivoiriens à participer au grand débat pour la formulation d’une constitution représentant leurs valeurs. Cette nouvelle identité deviendrait le flambeau de la fierté nationale. Cette démarche garantirait l’obtention de vraies institutions démocratiques en permettant d’atteindre enfin la maturité politique.
Quels moyens utiliseront les politiciens pour concevoir et adapter la Côte d’Ivoire au défi d’aujourd’hui et de demain? Ils ont le devoir de moderniser nos institutions, notre système de gouvernance et notre économie. Nous devons apprendre de l’histoire des pays développés qui sont parvenus en plusieurs siècles à réaliser leur destin politique. Nous pourrons nous aussi y accéder plus rapidement et ce d’une manière surprenante.
Pour ce faire, il nous faudra établir une démocratie basée sur le respect de nos propres valeurs afin de dire au monde entier que nous sommes prêt à établir une égalité pour tous devant les lois. Les Ivoiriens devront faire preuve d’audace afin de mettre sur pied un environnement propice à la stabilité, au développement ainsi qu’à une saine réussite économique.
Cette stabilité sociale se traduira par une meilleure qualité de nos gouvernements, institutions, écoles, systèmes financiers, système de santé ainsi que par la justesse de nos lois. Cela se concrétisera si nous réussissons à établir une logique axée sur l’éthique et l’investissement où tous les outils et le potentiel nécessaires à la réussite seront mobilisables dans ce monde moderne.
Cette modernité s’incarnera et se conjuguera harmonieusement avec l’ensemble de nos valeurs. Heureusement, la majorité de nos différentes ethnies, même si elles ne parlent pas la langue officielle d’unification, ont pu tout de même préserver leurs véritables valeurs afin de poursuivre sans relâche leurs rêves.
La mobilisation des différents groupes ethniques s’impose afin de nous unir et nous mettre d’accord à l’image d’autres pays et ce sans discrimination face à nos différences. Nous sommes malheureusement divisés par ces crises perpétuelles que le destin de la colonisation a malheureusement façonnées. Nous devrions nous rassembler afin de développer une vision originale de la nation ivoirienne à partir de nos propres valeurs dont la première richesse reste notre grande diversité.
Il demeure impératif de protéger avec une force farouche les valeurs de ses différentes ethnies afin d’éviter qu’elles ne se replient sur elles-mêmes. Il faudra donc avoir suffisamment confiance en soi pour être ouvert aux autres. L’identité ivoirienne doit éviter à tout prix de s’enliser dans la nostalgie coloniale.
Le respect de la liberté nous oblige à refuser toute forme d’ingérence dans tout choix fait par l’un ou l’autre. Nous devons instaurer une relation mature entre les différents groupes ethniques. Cette nouvelle forme de relations deviendra fraternelle, familiale et légitime sans ambiguïté pour l’ensemble des Ivoiriens.
Cette voie nous permettra de résoudre efficacement nos mésententes. Notre amour pour la Côte d’Ivoire ne devrait-il pas nous permettre de conduire avec vigilance notre pays vers la liberté, l’égalité, le respect et la justice?
Nous devrons construire avec amour ce pont fraternel entre toutes les différentes ethnies. Nous devrons créer une communauté ivoirienne animée par un acte de consensus relié à l’ensemble de sa diversité culturelle. La Côte d’Ivoire deviendra une communauté de valeurs où les relations seront solidaires, inspirées des valeurs d’éthique et d’équité qui seront au cœur même de sa renaissance.
Nous devrons revoir nos fondations et créer une identité commune, respectueuses des générations futures. Introduire des principes de justices et une responsabilité morale basée sur des valeurs de cultures différentes.
J’estime que la plus grande erreur que pourraient commettre les politiciens face à cette crise serait de ne pas renouveler nos institutions. Nous avons le choix de nous forcer à organiser et à moraliser nos propres institutions. Si nous n’y parvenons pas, ce sera chacun pour soi, chaque ethnie se repliera sur elle-même. Les êtres sans scrupules en tireront avantage et la logique d’affrontement prévaudra.
Nous ne pouvons évoluer continuellement sous l’emprise d’institutions coloniales et d’hommes politiques sans vision. Il ne s’agit pas ici de trouver un coupable à tous ces conflits mais plutôt d’éviter à tout prix que ces conflits sociopolitiques ne reproduisent les mêmes effets regrettables et néfastes que les guerres civiles. Nous devrions donc tirer avantage de toutes ces conséquences en regardant vers un avenir de paix et de prospérité pour tous.
Les politiciens actuels pourront-ils être à la hauteur des défis engendrés par cette crise sociopolitique qui perdure en Côte d’Ivoire? Pourront-ils instaurer des lois et des mécanismes qui neutraliseront efficacement toute forme de situation conflictuelle?
Lancy Bakayoko
lundi 16 mars 2009
Boycottage des valeurs ethniques par le colonialisme
1884-1885, fut une date sombre dans l’histoire de la colonisation de l’Afrique. C’est en effet lors de la conférence de Berlin que les pays impérialistes décidèrent de fixer les règles du partage de l’Afrique ainsi que d’établir les frontières des territoires coloniaux.
Ces frontières furent donc tracées sans tenir compte des réalités ethniques, religieuses et culturelles africaines, obligeant ainsi des peuples et des ethnies aussi différents que peuvent l’être les Belges, les Canadiens, les Indiens, les Danois ou encore les Espagnols à tous vivre ensemble sous les règnes d’une administration commune dirigée par des étrangers.
Les nouveaux états issus de la décolonisation au cours des années soixante (1960) optèrent pour la prolongation de ce découpage uniquement par souci de stabilité. Au moment de l’indépendance, les colonisateurs croyaient qu’un gouvernement provenant d’un parti unique permettrait de compenser les tensions et les dysfonctionnements inhérents au manque d’homogénéité ethnique et culturel des nouveaux états.
Pour palier à l’absence de sentiment d’appartenance à une même nation, les nouveaux gouvernements encouragèrent principalement une stratégie coloniale de centralisation des pouvoirs et d’organisation de la société en ignorant généralement les coutumes et les traditions des différentes ethnies vivant sur le même territoire. Cette stratégie a été perçue à l’époque comme un moyen efficace afin de préserver une stabilité politique et sociale.
En empruntant cette voie, l’Afrique a accepté inlassablement d’évoluer dans un demi-siècle marqué par des tensions ethniques, se retrouvant victime de perpétuelles crises sociopolitiques. Ces tensions et ces crises ont été engendrées par les difficultés de cohabitation entre les différentes ethnies, la répartition inéquitable des ressources, l’accélération de la mondialisation ainsi que la lutte pour le contrôle du pouvoir.
Dans un contexte aussi explosif, les dirigeants africains devront faire preuve d’un jugement éclairé et s’armer d’une réelle volonté politique afin de trouver définitivement des solutions à ces conflits. Ils devront en premier lieu saisir l’ampleur des enjeux géoethniques tout en considérant les valeurs propres à chaque ethnie avant de proposer des solutions constitutionnelles durables et équitables pour tous.
Impact du colonialisme sur les politiques africaines
Le régime colonial visait des objectifs et obéissait à des contraintes souvent dictées par les aléas de la politique européenne ignorant les besoins, les valeurs et les traditions des populations africaines.
La stratégie des administrations coloniales, dans la plupart des pays africains, a généralement été de minimiser l’importance des groupes ethniques et de boycotter les valeurs et la culture propre à ces ethnies afin de construire des entités administrativement homogènes. Les colonisateurs ont imposé des politiques conformes à leur idéologie ainsi qu’une législation et une réglementation qui bafouaient les lois coutumières tant dans les domaines sociaux qu’économiques.
En reprenant ce modèle, les nouveaux états issus de la décolonisation, dont la Côte d’Ivoire, se condamnaient à l’explosion de crises identitaires au sein de leurs différentes ethnies. Le continent africain réalise aujourd’hui que l’héritage colonial portait en lui les germes de conflits potentiels qui demeurent aujourd’hui un brasier difficile à maîtriser.
La plupart des pays sont demeurés ethniquement divisés, impuissants à développer des moyens constructifs afin de réduire les écarts créés par la discrimination entre les ethnies. Cette situation a incontestablement paralysé les efforts de développement économique entachant le processus de démocratisation.
L’échec
Les constitutions et les modèles administratifs empruntés aux régimes coloniaux ont imposé des configurations institutionnelles confuses, incohérentes et imparfaites, perturbant ainsi les relations entre les diverses ethnies. Les colonisateurs ont par ailleurs souvent réussi à préserver une forme de pouvoir occulte par leur influence sur certaines autorités gouvernementales africaines.
Ces pays ainsi que leurs entreprises ont maîtrisé efficacement leurs alliés africains en établissant avec eux des relations de patrons à subalternes tout en les menaçant au besoin de coups d’État. À première vue, leur objectif ne visait pas le développement de ces pays mais l’exploitation des ressources naturelles, principalement minières et énergétiques.
La menace latente des coups d’État maintenait toujours certains gouvernements africains dans un état de soumission totale face à des puissances externes, obligeant les chefs au pouvoir à s’entourer d’individus provenant de leur propre groupe ethnique afin de sécuriser leur position et privilégier les membres de leur clan. Cette situation justifie l’absence d’un sentiment de nation et l’existence d’une vie politique qui s’alimente exclusivement à partir de l’appartenance ethnique ou régionale.
C’est dans ce genre de condition que les pays africains ont été, en apparence, intégrés dans les échanges économiques internationaux en tant que pays souverains. Cependant, leur dépendance excessive face à certains marchés étrangers ainsi que l’apparition d’interférences externes dans l’exercice de leur souveraineté, démontrent malheureusement que l’image et la réalité sont fort différentes.
La souveraineté d'un État implique l'exclusivité de ses compétences législatives, exécutives et judiciaires. La décolonisation qui a marqué les années 1960 a donné lieu à la création d'États qui se retrouvent encore loin de cet objectif.
Ces États sont demeurés respectivement d’humbles sujets des colonisateurs ou tout simplement des clients dépendants des marchés coloniaux. Les différentes politiques africaines reflètent aujourd’hui le résultat des tentatives coloniales visant à éliminer les valeurs essentielles d’un pays. Cette situation nous amène à réfléchir sérieusement sur la définition du système de gouvernance.
Les causes des crises africaines reliées à la colonisation
1. Une absence d’identité nationale engendrée par les constitutions des États qui ne représentent pas les véritables valeurs des différentes ethnies
2. Une confusion constitutionnelle entre le pouvoir exécutif, judiciaire, législatif et les lois coutumières. Le chef de l’exécutif est à la fois juge et partie. Son clan ethnique profite des ressources de l’État, ce qui conduit à des frustrations chez les autres groupes ethniques
3. Des relations difficiles entre les diversités ethniques. Chaque groupe ethnique souhaite porter au pouvoir son représentant, ce qui crée des divisions entre les ethnies
4. Le découpage artificiel des pays d’Afrique par la colonisation a rendu les frontières poreuses, cette situation dresse un passage facile pour les assaillants. Souvent, les populations vivant sur les deux côtés de la frontière proviennent de la même ethnie
5. Une dépendance créée par la mise en place d’une économie basée sur les matières premières et par un faible niveau d’industrialisation par les colonisateurs
6. Une protection artificielle de l’économie qui dépend des accords signés durant la colonisation, ce qui perturbe la stabilité du pays.
7. Une monnaie artificiellement sous-évaluée, et établie à partir de pactes coloniaux : le franc CFA (FCFA franc des colonies françaises d'Afrique)
8. Une éducation basée sur des valeurs coloniales ou la majorité de la population ne comprend pas la langue officielle.
En somme, nous vivons toujours sous les effets de la colonisation.
Accès à l’information pour tous
La prospérité d’un pays dépend de la transparence de son gouvernement. La démocratie exige en tout temps une grande accessibilité à toute forme d’information et cela pour tout individu. Il faut s’assurer que les autorités en place rendent des comptes aux électeurs. Pour cela, ni le gouvernement, ni aucune agence ne devraient échapper à la surveillance des médias et de la presse qui doivent rester malgré tout objectifs et non partisans.
Les médiums de communication, lorsque sous contrôle étatique, représentent un mal pour la population et un bien pour le gouvernement. Une certaine forme de stratégie coloniale plane encore au cœur des gouvernements qui négligent d’informer les citoyens afin de leur permettre d’exercer librement leur pouvoir.
Lorsque les populations sont maintenues dans l’ignorance, il est plus facile d’organiser un coup d’État particulièrement si le gouvernement contrôle une station de télévision ou encore une station de radio nationale. Un pays doté d’une presse indépendante, libre et diversifiée rend la tâche nettement plus difficile aux assaillants qui tentent d’atteindre la sécurité de l’État.
Les médiums de communications sont comme un lieu d’apprentissage, de connaissance, permettant à la population de prendre des décisions informées. Un lieu de consultations et de références pour les citoyens afin d’éclaircir tout jugement sur des actes ou des conflits perpétrés fréquemment par des groupes politiques.
Afin de protéger efficacement la stabilité sociale de tout peuple, il demeure essentiel de créer un environnement diversifié favorable à la transmission d’une information compréhensible pour tous et reflétant la pluralité des différents points de vue exprimés par la population.
Pistes de solutions et conditions gagnantes aux causes des crises africaines
Dans un pays multiethnique, le gouvernement a le devoir d’accommoder toute diversité ethnique. Ceci permet à tous les groupes de se gouverner eux-mêmes et de préserver leurs propres valeurs tout en se conformant à un cadre et à un ordre constitutionnel national. L’utilisation d’une telle constitution, axée sur la diversité ethnique, a toutes les chances de fonctionner si les conditions gagnantes suivantes sont réunies :
1. Une Constitution qui s'inspirera des coutumes et des valeurs des différents groupes ethniques. Un cadre institutionnel qui reflètera la diversité ethnique et culturelle du pays, qui bien entendu évoluera dans le temps. Elle procurera aux minorités l'autonomie nécessaire à la préservation de leur intégrité ethnique et culturelle. L’objectif vise la création d’une identité nationale
2. La nouvelle Constitution définira le système de gouvernance, de santé, d’éducation, de justice, de finance ainsi que le rôle de l’opposition. Elle mettra aussi en place un système de partage équitable de la représentativité des ethnies au sein de la fonction publique.
3. La mise en place du nouveau cadre constitutionnel, législatif et institutionnel (Société de droit) garantira le respect des droits individuels, des valeurs d’égalités, la protection des minorités, la liberté d’expression et de presse, les droits et devoirs de l’opposition officielle.
4. La création d’une monnaie garantira le développement économique, le contrôle et la protection de l’économie, et un environnement qui encouragera l'esprit d'entreprise. Pour se faire, il faudra adresser les problématiques portant sur l’accès au crédit, le droit à la propriété, l’établissement de cadastre, etc.
5. Un nouveau cadre éducatif orienté sur le monde moderne qui valorisera les valeurs de toutes les ethnies. Cette éducation devra être compétitive et en harmonie avec nos propres valeurs culturelles.
6. La responsabilisation de chaque groupe ethnique demeure essentielle face à l’unité nationale. Par exemple, si la Côte d’Ivoire se trouvait envahie par des assaillants, on devrait s’attendre à ce que les différentes ethnies alliées, fidèles de l’État, ne soutiennent et n’aident d’aucune façon l’envahisseur. La sécurité nationale en serait donc ainsi garantie.
Lorsque toutes ces conditions gagnantes seront réunies, nous pourrons enfin accéder à une démocratie.
Enfin
Avant tout, ne faut-il pas que les politiciens aient la clairvoyance de se mettre en accord les uns avec les autres afin de reconnaître l’envergure des épreuves à surmonter ainsi que les défis à relever afin d’éliminer toutes traces de conflits inutiles et destructeurs ?
Nous devons accepter nos propres erreurs sans continuellement tenir les autres responsables des situations problématiques. Nous devons inévitablement accéder à cette liberté plénière, intellectuelle et économique ainsi qu’à l’égalité de notre diversité ethnique reconnue à partir de lois établies.
L’objectif principal à atteindre réside dans la réconciliation avec nos propres valeurs, en valorisant la diversité ethnique afin que l’avenir repose paisiblement sur des bases solides. Cette reconnaissance et son application dans une nouvelle constitution est primordiale d’un point de vue politique afin de bâtir une nation entière et une Afrique diversifiée.
Une mobilisation des différents groupes ethniques s’impose afin de réconcilier nos sentiments d’humanisme les plus profonds les uns envers les autres et ce dans tout le respect que nous confèrent nos différences. Nous devons, parvenir à une entente à l’image des autres pays et ce, sans discrimination face à nos différences d’origine ethnique ou religieuse.
Nelson Mandela reste l’image même de la réussite d’un véritable leader. Armé de courage et de ténacité, il a conduit son peuple vers la liberté tout en donnant un nouveau visage à l’Afrique du Sud. Aujourd’hui, plusieurs ethnies y vivent dans une paix sociale relative et ce en dépit des blessures du passé engendrées par l’Apartheid, portrait véritable de l’oppression coloniale.
Le Rwanda, à la suite d’une guerre fratricide, a courageusement relevé le défi de traverser la phase post-traumatique nationale en se dotant d’un gouvernement intégrateur, allant jusqu’à rejeter la constitution coloniale et à modifier la langue officielle grâce à la volonté farouche de ses dirigeants.
Il serait également crucial d’inviter les Ivoiriens à participer au grand débat sur la formulation d’une constitution représentant leur identité. Cette identité nationale deviendra le flambeau de la fierté et garantira l’obtention de vraies institutions démocratiques, lui permettant ainsi d’atteindre, à long terme, la maturité politique.
Quels moyens utiliserons-nous pour concevoir et adapter les institutions de la Côte d’Ivoire aux défis d’aujourd’hui et de demain ? Les pays dit développés ont réalisé en plusieurs siècles leur destin politique. Nous pouvons à notre tour également y accéder rapidement et ce, de manière surprenante.
Tous les enjeux sont, aujourd’hui, devenus extrêmement difficiles. Nous devrons faire preuve d’audace afin de créer un environnement propice à la stabilité, au développement ainsi qu’à une saine réussite économique.
Cette stabilité sociale, soutenue par une valorisation de nos capacités politiques et économiques se traduira par la qualité de nos gouvernements, de nos institutions, de nos universités et de nos entreprises et ce, au profit de la population. Cela se concrétisera dans une logique d’investissement où tous les outils et le potentiel nécessaires seront à la portée afin de permettre une véritable réussite dans ce monde d’aujourd’hui.
Cette modernité s’incarnera et se conjuguera harmonieusement avec l’ensemble de nos valeurs. Cet enthousiasme s’exprimera chaleureusement par le peuple ivoirien, définira l’expression d’un amour propre animé de respect.
Une mobilisation s’impose afin de résumer nos sentiments les plus profonds envers nos différences. Nous sommes tous des hommes et des femmes originaires de la même souche. Nous devons tous nous entendre, à l’image de d’autres pays, sans discrimination face à nos différences ethniques.
Il demeure impératif de projeter avec une force farouche l’identité et les valeurs de nos différences, en favorisant l’ouverture et la tolérance entre elles, évitant ainsi que ces ethnies se replient sur elles-mêmes. L’identité ivoirienne doit éviter à tout prix le piège de la nostalgie coloniale et du repli sur soi. Nous devons instaurer une relation mature au cœur de la population. Cette relation restera fraternelle, familiale, légitime et sans ambiguïté pour l’ensemble des Ivoiriens.
Nous sommes appelés à renforcer avec sincérité les ponts entre les différentes ethnies de la Côte d’Ivoire, ainsi que ceux qui relient les peuples de l’Afrique noire malheureusement détruits par la colonisation. Nous devons procéder à la création d’une communauté ivoirienne moderne animée par un acte d’adhésion, empreinte de respect pour l’ensemble de sa diversité culturelle.
Aux yeux du monde, nous devons être prêts maintenant à entreprendre ce changement. Nous prouverons ainsi à tous que nous entamons graduellement notre renaissance afin de remettre sur les rails ce pays meurtri. Notre alliance interethnique ne sera féconde que si nous nous tournons vers l’avenir en laissant derrière nous un passé colonial, tout en acceptant notre part de responsabilité afin d’embrasser notre destinée.
Lancy Bakayoko
lundi 1 décembre 2008
Manifeste pour une Côte d'Ivoire unie
Alors que le monde ne cesse de progresser, la Côte d’Ivoire semble s’être figée dans le temps.
Et pour cause, nul ne peut avancer sans connaître qui il est, d’où il vient et où il va. Ces crises identitaires et politiques que vivent les Ivoiriens se veulent l’un des effets de la colonisation que l’on a toujours minimisé, ignoré. Aujourd’hui, l’avenir de la Côte d’Ivoire s’en trouve menacé. Pour parvenir à rattraper ce décalage temporel, le peuple ivoirien doit maintenant se mobiliser et regarder ce problème bien en face.
Mais paradoxalement, une telle mobilisation, essentielle à la résolution de ces crises, se révèle comme un obstacle en soi. Riche d’une grande diversité culturelle, la Côte d’Ivoire se trouve néanmoins divisée par les différentes ethnies qui la composent. Cette division a été encore aggravée par le fait que lors de son accession à l’indépendance, la constitution coloniale de 1958 a servi de modèle à la Côte d’Ivoire dans l’élaboration de sa propre constitution.
Certains diront que cette constitution a subi une multitude de CHANGEMENTS afin de mieux l’adapter aux multiples ethnies de la Côte d’Ivoire, mais il est évident que cette constitution coloniale, tributaire d’une culture et d’un tissu social relativement homogènes à l’époque, ne pouvait servir de modèle pour un pays multiethnique !
Et de fait, encore aujourd’hui, malgré les efforts d’insertion sociale et politique, et malgré les faux discours d’unité, chaque groupe ethnique continue d’aborder les problèmes en fonction de leurs propres besoins et selon les us et coutumes qui le caractérisent. Dans les villes ou villages homogènes lorsque surgit un désaccord ou un conflit, ce sont naturellement les lois coutumières qui l’emportent sur les lois constitutionnelles.
La majorité de la population ne sachant ni lire ni écrire et ignorant la langue française, comment pourrait-elle en effet comprendre ou appliquer la constitution actuelle et les lois qui en découlent par rapport à ses lois coutumières ? Et ceux et celles qui utilisent couramment la langue officielle, s’ identifient-ils réellement à cette constitution ? Devons-nous rechercher un consensus entre les lois coutumières et les lois constitutionnelles existantes ? Y a-t-il matière à conflit entre ces deux lois ou faut-il au contraire voir à les intégrer en un seul et même système ?
Si l’on jette un regard sur la plupart des pays souverains à vocation démocratique, ils ont avant tout créé eux-mêmes leur propre constitution, miroir de leur identité, pour ensuite la valider par une consultation populaire, processus ayant comme résultat un acte politique à valeur juridique, qui unit et régit de manière organisée et hiérarchisée l’ensemble des rapports entre le peuple et le gouvernement.
En adoptant une telle constitution, ils ont défini les droits et les devoirs de l’Opposition en officialisant son rôle en tant qu’entité du système de gouvernance. Le rôle de l’Opposition est de percevoir objectivement les incohérences du pouvoir afin de garantir les droits et libertés de tous et chacun.
Que devons-nous entreprendre aujourd’hui afin d’éviter un enlisement politique et social ? Déclencher rapidement des élections en revivant ce perpétuel désordre ou assurer dès maintenant notre identité NATIONALE par l’amorce de ces CHANGEMENTS? Qui tiendra compte des diversités culturelles et du rôle de l’Opposition officielle ?
La nécessité de changements ?
Depuis la déclaration de son indépendance, peu de gens auraient pu prévoir l’évolution politique et sociale de la Côte d’Ivoire, une évolution parfois fulgurante parfois régressive. Une infime partie de la population ne pourra établir un pronostic réaliste en regard de l’avenir qui nous est réservé : des élections pacifiques, des contestations ou encore l’émergence d’une guerre civile ? Quoi qu’il en soit, tous ces scénarios nous interpellent et nous obligent à agir afin de mettre en place ces CHANGEMENTS qui protégeront les Ivoiriens, y compris les politiciens, contre l’arbitraire et la violence qui malheureusement sont encore d’actualité.
Les dernières élections, qu’elles aient été présidentielles, législatives ou municipales, se sont toutes soldées par une multitude de désaccords et de mécontentements en regard des résultats, plongeant ainsi le pays dans un chaos absolu. Chaque groupe ethnique aspire à porter au pouvoir le chef représentant son clan. Ce comportement a engendré un important malaise au sein de la population; malaise qui s’introduit progressivement au sein des partis politiques devenus partisans du NOUS ETHNIQUE.
On constate en effet que lorsque surgissent des tensions ou des incertitudes politiques, chacun tend à rejoindre ses semblables afin de se protéger contre d’éventuelles attaques provenant d’un groupe adverse. Ce comportement, qui se perpétue inlassablement en Côte d’Ivoire, témoigne de la profonde méfiance qui existe entre les différents groupes ethniques ainsi qu’un manque flagrant de confiance dans le système de gouvernance.
Ce climat conflictuel persiste de gouvernement en gouvernement. Croyant son mandat éternel, le gouvernement, une fois en place, ne se préoccupe aucunement d’instaurer des lois et des politiques démocratiques qui protégeraient non seulement les citoyens, mais également son propre groupe politique advenant une défaite.
De toute évidence, il serait invraisemblable de déclencher des élections maintenant sans d’abord apporter des modifications à la Constitution de notre pays qui viendraient protéger les droits rattachés à toute la diversité culturelle et le rôle de l’Opposition. Plus nous nous acharnons à vouloir aller de l’avant sans effectuer de réels CHANGEMENTS, plus nous reculons malheureusement. Il faut en premier lieu établir des balises et choisir des paramètres basés sur une identité COMMUNE, le tout dans un climat de confiance, de sécurité et d’indulgence, faisant en sorte que la Côte d’Ivoire puisse accéder à une véritable SOUVERAINETÉ et ainsi s’engager finalement vers la démocratie.
Le refus aux changements
Curieux paradoxe, à l’heure où le peuple ivoirien doit irrémédiablement s’engager dans un mouvement radical de CHANGEMENTS, la moindre action investie en ce sens est inévitablement rejetée. Tout geste exhortant à l’introspection et à la responsabilisation, toute démarche venant perturber les habitudes de vie de chacun sont instinctivement repoussés par un sentiment de peur.
Cette crainte non définie ne fera qu’enliser plus profondément la Côte d’Ivoire dans le statu quo. Et comble d’opportunisme, certaines personnes prônent justement le maintien de ce statu quo pour mieux s’opposer aux CHANGEMENTS qui s’imposent.
Le destin des Ivoiriens est aujourd’hui plus problématique que jamais et nous devons arrêter immédiatement de nous bercer d’illusions. La Côte d’Ivoire est une société privilégiée où l’avenir et la prospérité sont dangereusement menacés. Il faut cesser d’écouter ceux qui prétendent que tout va bien, et qui n’offrent que des solutions à court terme.
Malheureusement, un grand nombre d’Ivoiriens continuent de nier ou d’ignorer le danger, ce danger qui prend la forme d’une longue pente abrupte glissant vers une profonde inquiétude. Il faut rétablir rapidement un juste équilibre. Cette lucidité enfin acquise permettra de réfréner les courants utopiques.
Chaque citoyen doit s’investir dans l’intérêt NATIONAL et éviter de chercher inlassablement ses propres intérêts. Chaque individu doit apporter fièrement sa contribution, et ce, depuis le simple citoyen jusqu’au membre dirigeant. Cette synergie permettra à la Côte d’Ivoire de prendre son élan afin de franchir le gouffre la séparant de la liberté.
Cette liberté doit se traduire, en premier lieu, par le droit de s’interroger sur le système de gouvernance actuel sans craindre une riposte immédiate et vindicative. Cette liberté doit permettre une différente ligne de pensée que celle imposée depuis l’indépendance. Elle doit éliminer toute forme d’envie et de suspicion afin de faire place au respect de ceux qui osent et qui réussissent.
Quelles solutions ?
La liberté d’expression et son éthique sont les cordes vocales
de la démocratie.
L'usage et l'appropriation d'une constitution coloniale, tributaire d’une culture et d’un tissu social homogène demeurent éphémères au cœur d’un pays multiculturel; un jour ou l'autre, cette accommodation détruira nos valeurs culturelles et intellectuelles. Si nos valeurs fondamentales ne sont pas totalement mises en œuvre, l'idéal d'unité restera inaccessible. Tous les rites culturels découlent de ces valeurs et les expriment. Ce sont ces valeurs qui instaurent des relations de réciprocité entre les différents groupes ethniques.
Une des solutions souvent mises de l’avant pour assurer un avenir prospère à la Côte d’Ivoire demeure une fulgurante ascension à une souveraineté totale. Bon nombre d’Ivoiriens croient que l’émancipation de leur pays réside dans l’obtention d’une véritable indépendance. Mais, à l’inverse, plusieurs estiment encore que la Côte d’Ivoire ne peut subsister que dans un empire colonial. En dépit des divergences d’opinions, un fait demeure : d’innombrables défis attendent la Côte d’Ivoire.
L’adoption d’une Charte des droits et libertés à l’ivoirienne, l’adoption de lois sur le multiculturalisme, les droits de la personne, l'équité en matière d'emploi, l'équité salariale et sur les devoirs ainsi que le rôle de l’Opposition représentent une partie de ces défis.
Qu’il s’agisse de la simple protection des citoyens, de la liberté d’expression, du droit à l’éducation ou à la santé, tous ces thèmes doivent nécessairement être revus dans leur ensemble et adaptés à la réalité d’aujourd’hui afin d’établir des constats communs et parvenir à un consensus dans le cadre d’un véritable dialogue.
Afin de garantir l’équité de ces CHANGEMENTS constitutionnels, il faut aussi responsabiliser et officialiser le rôle de l’Opposition en lui réservant une place dans la constitution ou à l’intérieur d’une loi organique tout en précisant ses droits et devoirs. Plusieurs États démocratiques comme la Grande Bretagne, le Canada, l’Australie, l’Inde ont choisi de lui donner un véritable statut afin d’assurer une stabilité politique et sociale.
Le rôle de l’Opposition demeure indispensable dans toute démocratie. Elle a le devoir d’amener le gouvernement élu à rendre compte de ses politiques et de ses décisions et de proposer des moyens pour les améliorer ou d'offrir des solutions de rechange. Ainsi, la sécurité du pays devient la responsabilité de tous. Sans la reconnaissance de l’Opposition, il est plus facile de déstabiliser un pays puisque l’Opposition peut être associée aux coups d’États.
Lorsque l’Opposition sera officiellement reconnue, qu’elle aura droit à un cabinet, un salaire, une protection comparable à celle du chef de l’exécutif ainsi qu’une résidence officielle, et qu’elle pourra exercer son rôle en toute liberté, la Côte d’Ivoire bénéficiera d’un lendemain d’élection heureux et pacifique. Les Ivoiriens auront atteint finalement la maturité politique.
Toutefois, avant d’instaurer un quelconque CHANGEMENT dans sa structure politique et sociale, et afin de refléter sa volonté d’unité, la Côte d’Ivoire se doit d’entreprendre dès maintenant une vaste consultation populaire dans le but de solidifier ses bases et de modeler un plan politique, économique et social à son image. Un débat national devra être organisé afin de permettre aux citoyens d’échanger librement sur les orientations futures de la Côte d’Ivoire en vue d’alimenter les débats menés par les politiciens de tous les partis politiques ainsi que certains mouvements sociaux.
L’établissement d’un bilan de la condition actuelle de la Côte d’Ivoire permettra de proposer de nouvelles solutions en éliminant ces vieux discours passéistes. La Côte d’Ivoire doit remodeler son image en rassemblant des individus provenant de cultures et de milieux différents, ne partageant pas nécessairement les mêmes opinions afin d’établir une constitution compatible avec tous les idéaux du peuple ivoirien d’aujourd’hui.
Pour susciter cette ferveur démocratique et afin de créer un mouvement populaire constructif, il est essentiel de rejoindre le citoyen dans son quotidien en lui donnant l’envie de s’exprimer. Il faut davantage le valoriser dans son rôle d’individu, lui faire prendre conscience de la responsabilité qui lui incombe et le convaincre qu’il peut contribuer à l’avancement de son pays.
La mise en place d’un réseau de comités de citoyens contribuerait au démarrage d’un tel mouvement en ouvrant une place pour l’analyse, la discussion et l’action. Cette démarche gagnera la confiance du simple citoyen tout en lui redonnant la place qui lui revient de plein droit. Trop longtemps il a été gardé à l’écart, convaincu de son incapacité et de son inaptitude. Il est temps de mettre fin à ce dialogue de sourds et de tourner les regards vers de nouveaux modèles. L’heure est désormais au bilan et à la prise en charge collective des responsabilités.
La Côte d’Ivoire (comme d’autres États africains) doit renouveler inévitablement l’ensemble de ses lois et de ses politiques afin de poursuivre son ascension vers une démocratie reflétant ses propres valeurs. La reconnaissance constitutionnelle des lois coutumières, l’institutionnalisation de la diversité ethnique et des droits et devoirs de l’opposition seront les garants de notre identité NATIONALE.
Ce passage à l’action doit s’effectuer maintenant. Le peuple doit prendre conscience de la léthargie qui l’oppresse et transformer son inertie en une force commune. Ce réveil doit mener à une coalition de tous les milieux : politiciens, intellectuels, chefs syndicaux, gens d’affaires, artistes, etc. Cette cohésion sociale permettra à la Côte d’Ivoire de traverser les inévitables bouleversements qui la conduiront vers une véritable démocratie afin de réaliser cet objectif commun : La construction d’un avenir prospère pour ce magnifique pays qui deviendra enfin le véritable symbole du NOUS IVOIRIEN.
Lancy Bakayoko